un maquis FTP installé à Kerguiniou
Kerguiniou en Ploubezre et Tonquédec est un village situé aux bords du Léguer, il se répartit de chaque côté de la rivière et est traversé par un bief alimentant une minoterie tenue par Eugène Querrec et un teillage de lin tenu par Maurice Barré. Kerguiniou se situe à environ 2 km des axes de circulation. C'est le centre du dispositif de la résistance sur le secteur de Lannion.
C'est à cet endroit que début 1944, le premier maquis de la région de Lannion s'est installé sous la responsabilité de :
- Maurice Barré, natif de Lannion, responsable sur le Trégor du Front National pour la Libération et l'Indépendance de la France, il deviendra à la Libération membre du CDL, Comité Départemental de Libération,
- François Tassel, responsable sur le secteur des Francs Tireurs et Partisans Français.
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des armes en provenance de Loc-Envel pour équiper le maquis
François Tassel et son groupe de FTP iront se procurer des armes à Loc-Envel, un jeudi - fin mars -, vers 19 h, prenant en charge un important lot d'armes, 56 mitraillettes, en provenance du parachutage de Maël-Pestivien du 3 mars 1944, armes stockées sous la responsabilité de Paul Nogre, selon le témoignage de Madame Yves Derriennic daté du 30 novembre 1944,
- sources : Archives départementales de Saint-Brieuc -.
Les mitraillettes anglaises de marque Sten seront stockées d'une part chez Amédée Prigent sur l'Île à Kerguiniou, d'autre part à Milin-Paper du côté Ploubezre dans une maison désaffectée accessible par une barque du côté Tonquédec à environ 200 m de la minoterie. d'Eugène Querrec Un fil électrique la reliait à la maison servant de dépôt d'armes.
Marcel Diguerher sera hébergé par la famille Querrec du 10 avril au 23 mai 1944, il assumera la responsabilité du dépôt d'armes.
- sources Archives Départementales de Saint-Brieuc -.
Dans une attestation écrite le 29 novembre 1944, le Commandant Gilbert du 5ème bataillon des Côtes-du-Nord : " certifie que le meunier Eugène Querrec habitant Milin-Paper a contribué à la formation du maquis de Kerguiniou, il a en outre fait le transport d'armes et de munitions. Il nous a également nourris durant l'exitence du maquis ".
- sources : Archives Départementales de Saint-Brieuc -.
D'autres attestations de Marcel Diguerher et d'Yves Trédan vont dans le même sens.
- sources Archives Départementales de Saint-Brieuc -.
Ces armes, François Tassel responsable du secteur secondé par Marcel Diguerher les feront parvenir et distribuer aux différents groupes FTP du secteur de Lannion.
François Tassel deviendra fin juillet 1944 commandant du secteur sous le pseudo " Commandant Gilbert ".
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le 23 mai 1944 les Allemands arrivent à Kerguiniou
Le 23 mai 1944, dans l'après-midi, des militaires allemands - feldgendarmes de Plouaret - guidés sur des renseignements obtenus auprès d'un jeune réfractaire arrêté le matin même se sont présentés à Kerguiniou en Ploubezre.
Dans une lettre du 25 mai 1944, le Sous-Préfet de l'Arrondissement de Lannion informe le Préfet des Côtes-du-Nord d'incidents graves survenus à Ploubezre le 23 mai 1944.
- sources : Archives départementales de Saint-Brieuc -.
" Les autorités allemandes ont arrêté dans l'après midi du 22 mai 2 jeunes gens de Ploumilliau, originaires de Ploubezre se trouvant en situation irrégulière. Ces 2 jeunes gens auraient fait des révélations au sujet de réfractaires et c'est ainsi que des militaires Allemands sont venus chez M. X... maréchal-ferrant à Ploubezre pour mettre le fils en état d'arrestation. Celui-ci ayant pris la fuite, fût poursuivi. Plusieurs coups de feu tirés dans sa direction ne l'atteignirent pas, mais il fut finalement pris de faiblesse et rejoint. Il aurait alors révélé que le lieu dit " Kerguiniou " était le refuge de nombreux jeunes gens armés.
Immédiatement après, le siège du moulin de Kerguiniou, situé sur le Guer, à la limite des communes de Ploubezre et de Tonquédec était fait. Les militaires allemands accueillis à coups de mitraillettes par plusieurs individus, ouvrirent le combat : 2 français furent tués et un troisième blessé. Les autres Français réussirent à s'enfuir, tandis que du côté allemand il n'y avait ni tué ni blessé.
Aussitôt après la propriété de " Kerguiniou " appartenant à M. Barré, fut visitée, les meubles sortis dans la cour et les recherches étant demeurées infructueuses, les Allemands perquisitionnèrent dans une maisonnette proche située dans une petite île, où ils découvrirent de nombreuses armes, une certaine quantité de munitions..."
Dans un autre courrier du Sous-Préfet de l'arrondissement de Lannion au Préfet des Côtes-du-Nord du 27 mai 1944 :
" Le jeune X... - cité précédemment - est à l'origine des incidents graves survenus à Ploubezre le 23 mai 1944, qui ont fait l'objet de mon rapport d'hier. "
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2 FTP tués, 1 FTP blessé et arrêté,
4 bâtiments incendiés
A l'arrivée des Allemands, - une quinzaine de feldgendarmes de Plouaret basés à La Pépinière - Yves Derriennic surpris, il pense que les Allemands sont venus pour l'arrêter et tente de s'enfuir en direction du jardin de la propriété à Maurice Barré, poursuivi par les Allemands c'est à cet endroit qu'il reçoit une rafale de mitraillette le blessant grièvement à la cheville, il est fait prisonnier.
Yves Derriennic était venu se réfugier à Kerguiniou chez Maurice Barré avec son épouse Bernadette et son fils Yvon après avoir échappé à une opération de police menée par l'armée d'occupation le 13 avril 1944 à Loc-Envel, opération au cours de laquelle 3 FTP : Paul Nogré, Marcel Le Guillermic et Maurice Peigné furent arrêtés, condamnés à la peine de mort par un tribunal militaire allemand et fusillés le 23 juin 1944 à Saint-Jacques-de-la-Lande [Ille-et-Vilaine].
- sources : Archives départementales de Saint-Brieuc -.
Dans un procès verbal de gendarmerie daté du 7 mars 1945, Madame Bernadette Derriennic née Burlot témoigne :
" Je me trouvais avec Madame Barré devant sa demeure, lorsque j'ai vu mon mari arriver en courant ; lorsqu'il fut près de nous il a dit : " les chleuhs... ". Après avoir prononcé ces paroles, mon époux préssentant que les Allemands venaient pour l'arrêter, a voulu se sauver. A ce moment j'ai aperçu plusieurs Allemands se lancer à sa poursuite ; puis j'ai perçu plusieurs coups de feu provenant de la direction qu'il avait prise. Pendant ce temps deux Allemands qui étaient restés près de la demeure des époux Barré, nous donnèrent l'ordre de rentrer dans la maison. Quelques instants plus tard un autre soldat Allemand est entré dans la maison et a déclaré qu'il y avait un blessé dans le jardin. Il a demandé de lui procurer le nécessaire pour le soigner. J'ai pensé aussitôt qu'il pouvait s'agir de mon mari.
Par la suite, plusieurs coups de feu furent tirés tant à Kerguiniou que dans les environs entre les Allemands et les maquisards qui avaient déclanché une attaque contre leurs agresseurs. A la fin de la bataille les Allemands mirent le feu à la maison qui servait de refuge aux Patriotes... ".
- sources : Archives départementales de Saint-Brieuc -.
Un combat inégal s'engage aux alentours de la minoterie tenue par Eugène Querrec et sa famille à Milin-Paper, combat au cours duquel deux autres FTP sont tués : Yves Le Cudennec et Amédée Prigent.
Dans ce combat un autre FTP Marcel Badet originaire d'Epinay-sur-Seine [Seine ; Seine-Saint-Denis] eut la vie sauve en se cachant derrière une souche dans la rivière à proximité de Milin-Paper, le danger écarté, après le départ des Allemands il rejoindra dans la nuit Le Rhun en Ploubezre chez Pierre Delisle avant de repartir le lendemain dans la région parisienne.
Jean Noé, autre FTP réussit à s'enfuir.
Deux autres FTP Armand Tilly et son beau-frère Eugène Le Lagadec originaires de Louargat venaient de quitter quelques minutes auparavant une réunion à laquelle participaient Amédée Prigent au domicile de ce dernier. Remontant vers Ploubezre pour rejoindre Le Joncourt en Ploubezre où ils travaillaient clandestinement chez Alexis Henry - qui fut condamné par le tribunal militaire allemand de Brest à 6 mois de prison pour avoir hébergé un prisonnier de guerre évadé : Maurice Robert, celui qui créa avec Roger Barbé le premier groupe de Résistance dès 1940 dans le secteur de Lannion ; sources Archives Départementales de Saint-Brieuc-, alertés par des bruits insolites, ils se cachèrent derrière un talus et aperçurent à travers les fougères des allemands à vélo se diriger vers Kerguiniou.
- témoignage d'Armand Tilly -.
Le maire de Ploubezre, Mr Huon de Pénanter sera amené sur les lieux par les Allemands pour la reconnaissance des corps des deux FTP
- Sources : Archives Départementales de Saint-Brieuc -.
François Tassel, Marcel Diguerher, Jean Page " P'tit page ", Maurice Barré, Edouard Chapiseau, Louis Querrec et Yves Tredan - celui qui créa la compagnie FTP " La Marseillaise " - étaient partis ce jour là avec un camion livrer des armes à Noyal près de Lamballe pour le maquis " Hector ", ils faillirent tomber dans un piège. A leur retour, à 1 km de Kerguiniou un habitant du secteur Yves-Marie Lozahic réussit à les prévenir avant qu'ils ne s'approchent de Kerguiniou.
Auparavant, Maurice Barré ne se sentant plus en sécurité à Kerguiniou était parti avec son épouse et ses 5 enfants se réfugier dans le secteur de Pléneuf-Val-André.
Les familles présentes sur place sont questionnées et menacées par les Allemands qui pillent les biens des maisons. Ils incendient 3 bâtiments à Kerguiniou appartenant à Maurice Barré :
- sa blanchisserie industrielle,
- son teillage de lin,
- sa maison d'habitation.
La maison d'habitation d'Améde Prigent sur l'Île à Kerguiniou est également incendiée, ainsi que la maison d'Yves Couzigou à Milin-Paper.
Lors des fouilles effectuées par les Allemands une grande quantité d'armes et de munitions sera saisie, mais une partie de celle-ci ne sera pas trouvée.
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destin des 3 jeunes gens arrêtées
Les 3 jeunes gens dont le Sous-Préfet de l'arrondissement de Lannion mentionne les noms dans son rapport au Préfet seront :
- détenus à la maison de la Pépinière de Plouaret, où ils seront martyrisés,
- incarcérés à la maison d'arrêt de Saint-Brieuc le 13 juin 1944,
- transférés au camp Margueritte de Rennes le 26 juin 1944,
- deux d'entre eux embarqués dans un train devant les conduire en déportation en Allemagne. Ils s'évaderont du convoi lors d'un bombardement par l'aviation alliée, l'un entre Nantes et Ancenis dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1944, l'autre à Langeais le 6 août 1944
- Sources : Archives Départementales de Saint-Brieuc -.
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